Le Prieuré de Sion

Le Prieuré de Sion, tel qu’il est présenté par Pierre Plantard (Grand Maître autoproclamé) et Henri Lincoln, coauteur du célèbre « The Holy Blood and the Holy Grail » (paru en français sous le titre « L’énigme sacrée ») est une fabuleuse société secrète : de Jean de Gisors au XIIe siècle à jean Cocteau en 1918, la liste des grands maîtres comprend Nicolas Flamel, Botticelli, Léonard de Vinci, Newton, Victor Hugo, Debussy… Un prieuré et une liste rendus célèbres dans le monde entier par le roman de Dan Brown, Da Vinci Code.

Fabuleuse société, en effet, car c’est là une fable sortie tout droit de l’imagination fantasque de Plantard. Lequel n’hésitera pas à créer l’association « Prieuré de Sion » déclarée à la préfecture en 1956. En 1988, Gérard de Sède s’en explique dans son livre « Rennes-le-Château, le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses », paru vingt ans après « L’or de Rennes » du même auteur. On appréciera la franchise du titre : « Le Grand Monarque est un fumiste ». De Sède s’est entre temps brouillé avec son ami Plantard ! Il écrit : « S’il faut éplucher la collection poussiéreuse de la très austère Revue de l’Orient Latin, défunte depuis plus d’un demi-siècle, pour apprendre que Godefroy de Bouillon fonda bien, en l’an 1099, une abbaye d’homme sur le mont Sion, à Jérusalem, sous le vocable de Sainte-Marie, que le roi Louis VII le Jeune, revenu de la deuxième croisade, ramena avec lui certains de ces religieux auxquels il fit don en 1152 de l’abbaye Saint-Samson, à Orléans, que ces religieux se dispersèrent au XVIIe siècle et furent supplantés en 1617 par les jésuites, et qu’enfin les chartes de l’abbaye du mont Sion furent retrouvées au siècle dernier dans les archives du Loiret, s’il faut, donc, pour apprendre tout ceci, se plonger dans la recherche érudite, il suffit en revanche de se rapporter au Journal officiel pour connaître la date de fondation du prieuré de Sion » (1956 donc). En une phrase, volontairement longue par effet de style, Gérard de Sède nous livre l’essentiel : les éléments vrais sur lesquels Plantard va bâtir le mythe d’une société secrète encore existante.

Henry Lincoln retrouvera la charte donnant au prieuré de Sion son abbaye à Orléans. La voici, publiée dans « Le Message » (titre original The Messianic Legacy) :
 



Charte de 1152 attestant la donation, par le roi Louis VII,
à l'ordre de Sion de l'abbaye de Saint-Samson à Orléans.

Comme toujours, Pierre Plantard s’appuie sur de solides éléments historiques pour broder un récit rocambolesque, a seule fin, semble-t-il, de prouver la haute lignée de son nom. A moins que les véritables raisons nous échappent…

Retenons que le Prieuré de Sion (le mot prieuré a bien été employé à Orléans) fut une réalité, au moins jusqu’au XIIIe siècle. Et qu’à ce titre il mérite une attention particulière dans « l’affaire » de Rennes.

Jules Doinel


Jules Doinel et Papus (à droite), fondateurs de l'Eglise Gnostique,
Rose-Croix (Martinisme) et francs-maçons (Grande Loge).

 

Nous tenons de sources familiales fiables qu'un gnostique proche du célèbre Papus, Jules Doinel, fut, du moins en partie, à l'origine du mythe de Rennes-le-Château (voir à ce propos la page http://www.rose-croix.net/rose-du-ciel.htm). Il est certain qu'en tant que responsable des Archives Départementales du Loiret, Doinel était fort bien placé pour sortir de l'ombre l'ordre de Sion et la charte de 1152 relative à Orléans. L'archiviste du Loiret est aussi l'auteur d'une biographie de Blanche de Castille, livre très édifiant dans le dossier qui nous occupe. Papus, ami de Doinel, était un familier du Cabaret du Chat Noir, à Paris, que fréquentaient aussi l'alchimiste Fulcanelli et les musiciens rose-croix Eric Sati et Claude Debussy... que Plantard imagine grand-maître d'un ordre de Sion encore présent. Nous reviendrons sur le personnage atypique de Jules Doinel. Retenons pour l'heure le terreau fertile apporté à Rennes par Doinel quand il fut; à la fin de sa vie, archiviste à Carcassonne et en contact avec l'abbé Boudet. Où, sinon ici, Plantard l'hermétiste puise-t-il ses idées ?


Gravure illustrant l'ouvrage de Jules Doinel consacré à Blanche de Castille
(Ici une édition XIXe chez Alfred Mame).
Doinel fut initié au 18e grade de la maçonnerie (Grand Orient) et
reçut ainsi le titre de "Chevalier Rose-Croix". On ne s'étonnera guère de lire
la devise "IN HOC SIGNO VINCES" à l'entrée des églises des deux Rennes.
Quel royal secret Philippe Auguste, fils de Louis VII, révèle-t-il à Blanche ?

 

Lucifer démasqué

Sous le pseudonyme de Jean Kostka, Jules Doinel écrira Lucifer Démasqué, édité en 1895. L'ouvrage se présente comme la dénonciation d'une hérésie maçonnique et occultiste, et fourmille de révélations sur l'Eglise Gnostique que l'auteur, pourtant son fondateur, renie. En réalité, il est permis de douter de la sincérité de Doinel, qui sera réintégré quelques années plus tard dans la dite Eglise. Au minimum est-il alors relaps, à l'image de nombreux cathares retombés dans l'hérésie qu'ils avaient abjurée... et condamnés au bûcher pour cette raison. Le livre contient de nombreux éléments susceptibles d'éclairer le dossier des deux Rennes.

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Ainsi, page 243, l'auteur confie avoir reçu, signant un pacte, le grade maçonnique élevé de Chevalier Rose-Croix. Intéressante information, quand on sait que la devise de la fraternité, In Hoc Signo Vinces, figure à l'entrée des églises de Rennes-les-Bains et Rennes-le-Château, cette dernière comportant de nombreux éléments rosicruciens.

Les dates clés soulignées par Doinet nous font penser à Rennes : ainsi, page 189, un chapitre intitulé "La révision de 1886" décrit la modification des rituels symboliques du Grand Orient, loge maçonnique à laquelle Doinel appartient alors. 1886, c'est aussi l'année qui figure sur la couverture du livre de Boudet, La Vraie Langue Celtique. Page 135, nous apprenons qu'une autre date clé est l'année de la restauration de l'ordre martiniste : en 1891, Papus est élu à l'unanimité, devenant Grand Maître des Supérieurs Inconnus. Sans doute la Mission 1891 que l'abbé Saunière fait graver à Rennes-le-Château est-elle d'un tout autre genre. Sans doute...


Merci à Alejandro Cabalo de nous avoir transmis ce document Rose-Croix,
frontispice du traité de Mynsicht paru en 1625.



Le tableau d'Evariste Luminais "Le dernier Mérovingien"
est exposé en 1899 au Musée des Beaux Arts de Carcassonne
à l'initiative de Jules Doinel.


La même année,
Doinel publie
« Note sur le roi Hildérik III » (Childéric III),
dernier roi mérovingien,
chez Abbadie, éditeur à Carcassonne.
Le thème deviendra central dans l’affaire du Razès.

 

Christophe de Cène

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